Et nous voila. Ici.
Maintenant.
Tout est ici est maintenant. On
est jeunes. Cons, oui d'accord.
Rien dans la cervelle. L'avenir devant nous. Mais on s'en fout. Tout ce qui compte, c'est ce mo -
ment unique qui nous sépare de
la réalité et du futur. Rien n'est important. On a tous des rêves. Quelques uns n'en n'ont pas, d'autres en ont peu. Le reste,
c'est les ambitieux. Quand on
leur demande ce qu'ils veulent
être plus tard, ils vous répondent automatiquement comme des pistolets chargés, montrant qu'ils ont bien réfléchi pendant long -
temps, montrant qu'ils ont fait
un plan pour leur carrière à peine commencée: "Architecte, avec maison à piscine, un mari dentiste payé mieux que moi, deux ou trois enfants qui feront éventuellement du piano, comme moi maintenant, et du tennis. Mes loisirs seront la photographie, et l'écriture. Et aussi la peinture. Je voudrais publier des romans, des nouvelles, des petites histoires... Je voudrais aussi..."
Vous n'arrivez pas à les stopper. Pauvres égoïstes, va. Snobes. Bourges. Bouffons à pulls à carreaux. Vous leur dites "ta gueule" mais ils n'entendent pas. Ou alors ils font expres. Ceux qui ne savent même pas dans quelle boite il vont aller demain les regardent avec des yeux grand ouverts, se disant qu'en les voyant ils sont mal barrés, car l'avenir s'approche a grands pas; ils n'ont pas le temps de réfléchir. Ils veulent, eux aussi, savoir ce qu'ils voudront faire. Alors ils se découragent et se disent en avance que ça y est : leur vie est déjà ratée. Ils ne se rendent même pas compte que le temps passe vite, et qu'ils ont raison de ne pas penser aux lendemains. Vivre au jour le jour. Profiter. Mais laisser place aux rêves également. C'est toute une science. Le temps passe vite, il faut utiliser non pas les années, non pas les mois, ni les semaines. Les jours passent comme les heures. Les heures s'écoulent comme les minutes. Les secondes... Une seconde. Il faut savoir utiliser chaque instant. Du tic au tac.
D'autres jeunes, plus modestes ou peut-être moins confiants en eux-mêmes, veulent juste faire un métier; sans loisirs. Inintéressés va. Le reste veut vivre du jour au lendemain, ceux qui n'aiment pas grandir. Ceux qui veulent profiter de la vie sans travailler ou plutôt sans se donner de la peine. Ils disent "Ah nan mais moi à vingt-cinq ans je sors et je respire à poumons ouverts, je vois des gens, je connais beaucoup de gens, je sors, je fume, je bois, je nique, j'me couche à trois heures de l'après-midi... Je suis le roi. Le beau gosse. C'est cool." Les âmes rêveuses, les futurs artistes, les futurs poètes, disent qu'il ne faut pas presser le temps qui passe déjà suffisamment vite comme ça. Ils traitent les adultes de trouillards. Eux, ils veulent vivre dans une baraque, à l'écart des humains, « dans un scouate isolé », poussant leurs cheveux sauvages pour les voir voler avec le vent. Ils veulent jouer de la guitare, écrire des chansons peace&love, fumer de l'herbe, et faire la manche.
Et nous voila, jeunes, cons oui. On ne sait même pas ce qui nous attend, mais on aime rêver. On aime espérer. Les "grands" - comme on aime les appeler - nous disent qu'un jour ou l'autre, on grandira aussi. Mais on se sent encore petits. On ne veut pas grandir. On veut continuer à se comporter comme des enfants. Mais des enfants qui ont pourtant le droit de tout faire. Car à seize ans, on est quand même grand. On est jeunes, et cons oui. Mais surtout pathétiques. Le monde est a nous. Et en même temps, ce n'est qu'un rêve. Nous voila donc, montés au dernier étage de l'enfance et de l'insouciance. Nous voila donc, et dieu sait ce que l'on deviendra véritablement plus tard ; dieu sait quel sera notre destin. Nous voila donc, on se demande si un jour nos rêves deviendront réalité. Mais on laisse tomber trop vite.
L'espoir est éternel, ne l'oubliez jamais .